Les hydrolysats de protéines fabriqués à partir des déchets de poisson sont peu utilisés dans l’alimentation humaine, en raison notamment d’une qualité moindre, d’un goût fort, et d’une odeur prononcée. La société norvégienne Hofseth Biocare a mis au point et breveté une méthode pour améliorer l’hydrolyse enzymatique des sous-produits de poisson, et obtenir ainsi des hydrolysats de meilleure qualité. La technologie utilise notamment une turbine à écoulement axial, à une vitesse de rotation élevée, et le panel de matériaux protéiques de base est aussi élargi (poissons, crustacés, mollusques). Au final, les hydrolysas de protéines obtenus présentent des propriétés organoleptiques améliorées, une faible oxydation, et pourraient intéresser de nouveaux marchés.
Les produits naturels actifs suscitent un engouement croissant chez les consommateurs, à l’image de de la poudre d’hydrolysat de protéine.
Cet hydrolysat de protéine peut être fabriqué à partir des sous-produits de poissons, restants après les opérations de filetage. Il faut savoir, par exemple, que dans le cas d’un saumon vidé, les déchets (tête, peau, arête centrale) peuvent représenter jusqu’à 40% en poids du poisson, et l’élaboration de cette poudre permet, à l’industrie aquacole, de valoriser ces sous-produits, tout en diminuant l’impact environnemental de ses activités, elle constitue aussi une source de revenus. En général, le procédé utilisé pour élaborer ce produit est l’hydrolyse enzymatique.
Pour autant, bien que l’hydrolysat de protéine représente une source nutritionnelle intéressante pour l’homme, les industriels proposent essentiellement des produits destinés à l’alimentation des animaux. En cause : l’oxydation de la matière première, qui intervient dès le transport et pendant le process, et conduit à une altération de la qualité, une perte nutritionnelle, et donne un goût fort et une odeur prononcée.
Pour pallier à ces inconvénients, la société norvégienne Hofseth Biocare a développé et breveté une nouvelle méthode pour améliorer l’hydrolyse enzymatique et la qualité des produits obtenus. Les nouveautés de cette technologie résident dans l’utilisation d’une turbine à écoulement axial, et dans le choix élargi de la matière première : sous-produits de poissons (viscères, tête, peau, arêtes, muscles), crustacés (crustacés entiers, chair, carapaces), et mollusques.
En pratique, la matière première est hachée, puis mélangée avec l’eau et une enzyme (de type subtilisine) dans la turbine à écoulement axial, à une vitesse de rotation élevée (2000 à 4000 RPM) pour inhiber l’oxydation, et selon des paramètres (pH, T°C) de réaction précis. Après hydrolyse et filtration, la fraction de peptide, en phase aqueuse, est séchée.
Les hydrolysats obtenus présentent des propriétés organoleptiques et une bio-activité améliorées, ainsi qu’un faible taux d’oxydation. Ces produits pourraient notamment intéresser les marchés de l’alimentation humaine et la cosmétique.
La technologie mise au point par Hofseth Biocare est détaillée dans le brevet européen publié sous le numéro EP3399871.
Pour aller plus loin :
En Espagne, la coopérative des armateurs du Port de Vigo vient de lancer le programme OPTIGES. D’une durée d’un an, ce programme vise à améliorer la gestion des viscères de poissons pêchés, à bord des navires et au port. Il s’agira notamment de quantifier le volume de ces déchets, de les classer par catégories et d’identifier des valorisations possibles de ces sous-produits.
Depuis janvier 2019, les pêcheurs ont l’obligation de débarquer l’ensemble des poissons pêchés, et ne peuvent plus rejeter en mer les espèces non désirées. C’est dans ce contexte qu’en Espagne, l’ARVI, la coopérative des armateurs du Port de Vigo, vient de lancer le programme OPTIGES, relatif à la gestion des viscères de poissons pêchés.
L’objectif de ce projet est d’améliorer la prise en charge des viscères, d’en connaître les caractéristiques pour les valoriser davantage, et plus globalement, de mieux gérer ces sous- produits tant du point de vue sanitaire qu’économique.
Désignés sous l’appellation SANDACH (sous-produits animaux non destinés à la consommation humaine), les viscères des poissons seront ainsi analysés et catégorisés selon les possibilités d’utilisation pour des farines animales notamment. En pratique, pendant une année (jusqu’en février 2020), le programme s’attachera à quantifier le volume de viscères de merlus, de cardines 4 taches, et de lottes débarqués par la flotte de pêche de Vigo.
Des volets sur la formation des membres d’équipages des bateaux ainsi que sur la logistique sont aussi compris dans le projet.
Le projet OPTIGES est piloté par l’ARVI, en partenariat avec l’ANFACO-CECOPESCA.
https://www.fis.com/fis/worldnews/worldnews.asp?l=e&id=102063&ndb=1
Dans le cadre du projet Novaqua, une équipe de chercheurs de l’université de technologie de Chalmers, en Suède ; s’est intéressée aux eaux de process, rejetées par les industries de transformation des produits de la mer. Les scientifiques ont mis en évidence que ces eaux contenaient des protéines et des matières grasses. Grâce à un processus spécifique, ces éléments nutritifs pourraient être récupérés et utilisés dans de nouvelles applications (ingrédient alimentaire, glaçage, …). Le projet Novaqua vise aussi à sensibiliser les industriels à la gestion des matières premières dans une approche d’économie circulaire.
Les industries de transformation des produits de la mer utilisent, dans leurs process, des volumes d’eau importants. L’eau sert notamment à cuire les crevettes, les moules, ou encore lors des opérations de filetage des poissons. Il faut, par exemple, 7 000 à 8 000 litres d’eau pour préparer une tonne de harengs marinés, et près de 50 000 litres d’eau pour une tonne de crevettes cuites et décortiquées.
Aujourd’hui, toute cette eau, en fin de process, est rejetée dans les eaux usées. Pourtant, elle contient un certain de nombre de nutriments, qui pourraient être valorisés. C’est ce qu’a mis en évidence une équipe de chercheurs de l’université de technologie de Chalmers, en Suède, dans le cadre du projet de recherche Novaqua.
Rassemblant plusieurs partenaires, et coordonné par le Professeur Ingrid Undeland, du département de biologie de l’université de Chalmers, le projet Novaqua vise à montrer l’intérêt d’extraire les nutriments des eaux de traitement, afin de les valoriser dans de nouvelles applications (à l’image de l’industrie laitière, qui valorise le lactosérum −liquide résiduel dans la fabrication du fromage− dans des produits destinés à la nutrition sportive notamment).
Mais, à l’origine de ce projet, il y a aussi la volonté de sensibiliser les industriels à l’économie circulaire, et plus spécifiquement, à reconsidérer la gestion des matières premières.
Aussi, dans le cadre du projet, l’équipe de chercheurs a analysé les eaux de process. Il a été constaté que ces eaux contenaient jusqu’à 7% de protéines et 2,5% de matières grasses, ainsi que de l’astaxanthine (un pigment rouge) dans le cas de l’industrie de la crevette. Selon Ingrid Undeland, et d’après des calculs, on peut d’ailleurs estimer que, dans le cas précis du hareng, jusqu’à 15% des protéines sont rejetées dans les eaux de traitement.
En pratique, les scientifiques ont mis au point un processus en 2 étapes (flottation et déshydratation), qui permet de récupérer une grande partie de ces protéines et matières grasses (jusqu’à 98% de protéines et 99% d’acides gras oméga-3). Les produits obtenus en fin de processus, à savoir une biomasse semi-solide et un liquide riche en éléments nutritifs, ont ensuite été testés dans de nouvelles applications.
Ainsi, par exemple, la biomasse résultant de l’eau de cuisson de crevettes a été utilisée comme ingrédient dans l’alimentation des saumons, car il a été démontré qu’elle contenait près de 66% de protéines et 25% d’acides gras. Et les expériences menées dans ce cadre, avec l’université de Göteborg (Suède) et le centre de recherche sur l’aquaculture Skretting Arc, ont donné des résultats encourageants.
Quant au liquide ʺnutritifʺ, il a été testé pour le glaçage de poissons congelés (opération visant à garder la fraîcheur du poisson grâce à une couche d’eau protectrice) et s’est avéré plus efficace que l’eau. De même, ce liquide a aussi été utilisé pour la culture d’algues, et a notamment permis d’améliorer la croissance de 2 types d’algues.
Commencé en 2015, le projet Novaqua s’est achevé en 2018. Mais le travail engagé se poursuit dans le nouveau projet AquaStream, qui visera à travailler ce sujet avec les industriels.
https://www.eurekalert.org/pub_releases/2018-10/cuot-nrr103018.php
https://newatlas.com/novaqua-seafood-wastewater-nutrients/57063/
https://www.enn.com/articles/55899-new-research-recovers-nutrients-from-seafood-process-water
https://insights.globalspec.com/article/10376/nutrient-recovery-from-seafood-processing-effluent