Le mardi 24 novembre 2020, AQUIMER organisait la troisième réunion EATIP France.
Au programme : la présentation de projets/programmes innovants, de financements européens et de forums virtuels de l’EATIP.
Les carences nutritionnelles peuvent être compensées par la consommation d’aliments enrichis. Des chercheurs de l’Université de Cambridge ont ainsi mis au point des microcapsules renfermant des vitamines A et D afin d’enrichir des coquillages bivalves (huîtres, moules…). Les tests réalisés en laboratoire sur des huîtres ont mis en évidence que celles qui ont « ingéré » les microcapsules contiennent 100 fois plus de vitamine A et 150 fois plus de vitamine D que les huîtres naturelles. Ces résultats sont encourageants et montrent qu’une solution bon marché est possible pour améliorer la santé des personnes carencées.
Selon les chiffres de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), la malnutrition touche près de 2 milliards de personnes, et demeure un problème de santé majeur dans le monde.
Pour les populations souffrant de ces carences nutritionnelles, un traitement médicamenteux peut être administré, mais cette solution a un coût et ne suscite pas forcément l’adhésion des personnes malades.
Une autre solution consiste à apporter les nutriments nécessaires par l’alimentation, avec une nourriture enrichie. Cette approche semblerait d’ailleurs plus efficace selon certaines études, qui ont mis en évidence une meilleure assimilation des nutriments par l’organisme de cette façon. C’est cet axe de recherche que l’Université de Cambridge (Angleterre) a retenu pour mener des investigations.
En effet, le docteur David Aldrigde et son équipe, du département de Zoologie de l’Université de Cambridge, ont travaillé sur les coquillages bivalves (tels que les huîtres, les moules, les palourdes…) pour mettre au point une méthode permettant d’enrichir ces aliments.
L’équipe de chercheurs a utilisé la technologie de microcapsules développée et brevetée conjointement par la société Biobullets et le Dr Aldrigde, pour apporter un complément de nutriments. Concrètement, ces microcapsules ont été administrées lors de la phase d’épuration des coquillages, et se présentent de la forme de particules enrobées quirenferment l’élément actif. Elles possèdent par ailleurs une granulométrie et une flottabilité adaptées à une absorption optimale par les bivalves.
Pour ces recherches, des tests en laboratoire ont été menés sur des huîtres, et des micro- capsules renfermant les vitamines A et D ont été utilisées. Il ressort de ces expériences que les huîtres ainsi « nourries » apportaient 100 fois plus de vitamine A et 150 fois plus de vitamine D que des huîtres naturelles. Même comparée au saumon qui est pourtant l’une des meilleures sources pour ces vitamines-là, l’huître « enrichie » affiche 26 fois plus de vitamine A et 4 fois plus de vitamine D. Les chercheurs pensent d’ailleurs que la consommation de 2 huîtres « suralimentées » pourrait suffire à apporter la quantité de vitamines A et D nécessaires pour atteindre les apports nutritionnels recommandés.
Au vu de ces résultats, l’équipe de chercheurs estime que ces coquillages bivalves, enrichis grâce à la technologie de microcapsules, constituent une solution bon marché pour améliorer la santé des populations carencées.
Toutefois, pour explorer tout le potentiel de ces aliments, des études complémentaires et des essais industriels devront être réalisés.
Sources :
https://thefishsite.com/articles/supercharged-shellfish-set-to-tackle-human-vitamin-deficiency
https://www.sciencedaily.com/releases/2020/07/200720093251.htm
https://www.feedstuffs.com/nutrition-health/fortified-shellfish-tackle-vitamin-deficiency-people
Contributeur : CCI Région Hauts-de-France
Cette revue a été développée pour honorer le 50e anniversaire de la World Aquaculture Society. Cet organisme a pour mission de diffuser à l’échelle mondiale les résultats de la recherche aquacole fondamentale et appliquée conçue pour accroître la production mondiale durable. Cette publication ne représente pas un éventail de revues exhaustives. Elle a été rédigée pour apporter une opinion, un concept, une perspective historique, des développements récents dans différents domaines de recherche et leur application novatrice qui contribue à la réalisation de l’objectif de durabilité.
Cette collection d’essais fournit une base de connaissances qui sera sans aucun doute testée, appliquée et finalement manifestée dans les systèmes d’aquaculture durable. Les essais représentent un plan de ce à quoi pourraient ressembler les systèmes de production d’animaux aquatiques en réponse à la production efficace de protéines pour répondre aux besoins d’une population mondiale estimée à environ 9,4 milliards d’ici 2050.
Les systèmes d’aquaculture actuels doivent fonctionner en utilisant une technologie et des pratiques de gestion fiables, offrant un risque réduit de perte catastrophique et respectant la politique réglementaire. Une aquaculture 4.0 sera basée sur l’utilisation de technologies mises à jour et d’innovations conçues pour améliorer l’efficacité des pratiques de gestion, la qualité des produits et la capacité de rivaliser avec succès sur le marché.
Pour les pratiques de gestion où les organismes aquatiques devront être nourris, des sources alimentaires complètes sur le plan nutritionnel seront essentielles et devront être digérées efficacement pour réduire les déchets. De nouveaux ingrédients alimentaires facilement disponibles en quantité suffisante doivent être développés pour servir de substituts partiels ou d’alternatives exclusives pour réduire les coûts ou éliminer l’utilisation de sources non durables. Deux domaines de la recherche appliquée sont l‘utilisation d’ingrédients qualifiés de pré- et probiotiques. Lorsqu’ils sont fournis sous une forme active, ces ingrédients modifient positivement le microbiome intestinal tant au niveau qualitatif que quantitatif, ce qui améliore l’efficacité de la croissance. Plus important encore, l’immunocompétence face aux organismes pathogènes représente une contribution significative à la durabilité grâce à laquelle l’utilisation de niveaux sous-thérapeutiques d’antibiotiques, comme pratique de gestion courante, peut être éliminée. Si les contraintes technologiques peuvent être éliminées, un autre facteur potentiellement important de la durabilité économique et environnementale pourrait résider dans la montée en puissance des systèmes d’IA pour maximiser l’efficacité via la production simultanée de plus d’une espèce.
Alors que des quantités limitées de ressources en eau douce et en terres limitent les augmentations de la production aquacole d’eau douce en raison de la concurrence avec la production animale terrestre, les ressources des zones côtières marines du monde seraient une solution pour répondre à la demande en protéines. Les systèmes de production côtiers et offshore sont attrayants en raison de leur capacité à répondre à la demande de production mondiale tout en utilisant comparativement moins de ressources que celles consommées sur terre. L’application de la technologie nécessaire peut aboutir à des pratiques de gestion efficaces qui peuvent être appliquées à la pisciculture. Ces efforts doivent être combinés avec un effort pour diversifier le nombre d’espèces d’élevage domestiquées en utilisant des espèces indigènes à des régions particulières du monde. Cet objectif éliminerait l’élevage d’espèces qui sont certes de bons candidats à l’aquaculture, mais qui sont considérées comme exotiques par rapport à ces régions. Le changement climatique peut devenir la plus grande menace pour les niveaux continus et croissants d’aquaculture mondiale durable. Les changements inévitables des conditions physiques et biologiques devront être confrontés à la capacité de modifier les pratiques de gestion (site, espèce), y compris l’utilisation d’organismes plus appropriés.
FranceAgriMer a confié au groupement Elcimaï / Odyssée Développement / Sabine Meneut une étude sur la réduction de l’impact sur l’environnement des déchets plastiques dans la filière pêche et aquaculture. Ses résultats ont été publiés en septembre 2020.
L’étude avait pour finalité d’assister les autorités publiques en charge de la gestion des fonds européens (notamment le Fonds Européen pour les Affaires Maritimes et la Pêche – FEAMP) dans l’élaboration d’un plan d’action en faveur de la réduction de l’impact des déchets marins sur l’environnement dans le secteur de la pêche et de l’aquaculture.
Cet objectif reposait sur un état des lieux des gisements de déchets plastiques, sur le recensement des besoins et des attentes à l’échelle nationale et régionale avant de déboucher sur un plan d’action hiérarchisé et détaillé.
En juillet 2020, l’INRAE a publié un document de travail relatif à l’évaluation des impacts environnementaux de la consommation de produits aquatiques en France. Les chercheurs ont construit une base de données combinant informations commerciales et de production, qu’ils ont couplée à des indicateurs environnementaux. Ils se sont basés, entre autres, sur les résultats du projet ICV PÊCHE.
Les auteurs montrent notamment que les émissions de gaz à effet de serre générées par la consommation de produits aquatiques s’élèvent à 2,6 teqCO2/t en moyenne, ce qui est très en deçà des 8,2 à 21,7 teqCO2/t associées à la consommation de viande bovine. Au-delà de cette moyenne, d’importantes variations s’observent selon les espèces considérées. Ainsi, l’empreinte carbone des poissons pélagiques s’établit aux alentours de 1 teqCO2/t, contre plus de 10 teqCO2/t pour les crevettes et crustacés.
Le Mission Board sur la santé des océans, des mers, des littoraux et des eaux intérieures a rendu un rapport dans lequel il propose d’atteindre cinq objectifs pour 2030 : augmenter nos connaissances, régénérer les écosystèmes aquatiques et marins, viser le « zéro pollution », décarboner nos eaux et réformer la gouvernance. Pour chaque objectif, des cibles concrètes et mesurables ont été définies. Focus sur celles qui concernent la filière des produits aquatiques.
Augmenter nos connaissances
- Rassembler les universités et départements marins européens nouveaux et existants, ainsi que les unités et organisations scientifiques traitant de l’eau douce, pour coordonner, soutenir et mettre en œuvre des objectifs harmonisés pour les sciences de la mer et de l’eau.
- Renforcer la coopération au niveau local entre les universités, les centres d’enseignement et de formation professionnels, les chambres de commerce et les PME innovantes pour développer de nouveaux cadres de compétences et de compétences. Cela augmentera les opportunités d’emploi pour les communautés locales et régionales et réduira les risques d’exclusion sociale et de fuite des cerveaux.
- Travailler dans tous les États membres avec les réseaux existants de musées scientifiques, d’aquariums et de centres culturels en général pour ajouter une «dimension bleue» à leurs activités.
- Collaboration entre scientifiques et cinéastes et artistes pour créer des campagnes durables de sensibilisation à l’océan et aux eaux.
- Utiliser les traditions culturelles et l’art locaux comme moyen de construire des visions locales de nouvelles économies, de nouveaux contrats sociaux et d’identités communautaires et d’inspirer et d’autonomiser les gens et les communautés locales.
- Alimentation continue de la presse européenne et locale et des médias d’information avec des articles de vulgarisation scientifique favorisant la sensibilisation du public aux sciences marines notamment.
Régénérer nos écosystèmes aquatiques et marins
- Développer des pépinières pilotes de rétablissement bleu qui travailleront avec les communautés locales dans les régions les plus touchées par la crise, pour assurer une protection stricte de tous les points chauds de la biodiversité et la régénération des espèces de construction d’habitats côtiers et de production d’oxygène (telles que les herbiers marins dans le Méditerranée, forêts de varech de l’Irlande au Portugal, deltas fluviaux, mangroves et autres eaux saumâtres et zones humides côtières, marais salants, récifs coralliens et ostréicoles côtiers, bancs de moules, algues, etc.).
- Innover dans le secteur de la pêche pour qu’elle soit plus sélective, plus durable et plus efficiente : à ce titre, AQUIMER s’implique ou s’est impliqué dans de tels projets, comme SELUX et ICV PÊCHE .
Décarboner nos eaux
- Développer une aquaculture zéro carbone et une biotechnologie bleue innovante.
L’objectif est de couvrir les besoins de croissance des organismes aquatiques d’élevage de manière moins intensive en carbone et avec un impact minimal sur les écosystèmes aquatiques et de faire de l’Europe le leader mondial de la biotechnologie bleue. Les besoins énergétiques de l’industrie aquacole devraient être couverts par des sources de combustibles non fossiles. Dans le cadre du Green Deal, l’UE pourra promouvoir et encourager l’élevage d’algues destinées à l’alimentation humaine et animale, notamment en finançant la recherche sur les espèces comestibles les plus nutritives, tandis que l’intensification de la biotechnologie bleue nécessitera des investissements coordonnés et soutenus par l’UE dans le capital-risque.
Pour produire des protéines alternatives riches en carbone et à faible impact environnemental grâce à une aquaculture innovante, un large éventail d’actions sera nécessaire. Cela pourrait aller du renforcement de ses effets positifs (y compris des effets de restauration) sur les habitats marins et d’eau douce à la promotion de l’utilisation d’ingrédients alimentaires à base d’espèces à faible niveau trophique et de technologies de production à faible énergie, de l’optimisation de la gestion des rejets dans les usines de transformation aux technologies de recirculation, de la stimulation de la production d’algues et d’algues pour la consommation humaine à la culture d’autres algues et macro. et microalgues en tant que nouveaux types de matières premières dans l’alimentation des poissons.
Pour réaliser cette ambition, l’UE aura besoin d’un plan à multiples facettes qui :
- demande aux États membres de désigner des zones appropriées pour l’aquaculture marine et continentale d’ici 2025 ;
- soutient l’innovation en mettant en place des systèmes pilotes intégrant les nouvelles techniques et en promouvant l’approvisionnement durable en ingrédients pour l’alimentation animale (recherche de matières premières alternatives) ;
- promeut et transforme l’acceptation par les consommateurs des aliments basés sur une aquaculture de bas niveau trophique ;
- et facilite l’accès aux marchés de l’UE et à la consommation locale.
Des chercheurs du centre de recherche portugais CIIMAR se sont intéressés à l’utilisation d’insectes dans les régimes alimentaires destinés aux poissons d’élevage. Dans une étude, les valeurs nutritionnelles de plusieurs aliments incorporant des farines d’insectes ont été comparées, sur la base des coefficients de digestibilité apparente (c’est-à-dire la proportion d’aliments digérés). L’expérience a été menée sur des élevages de jeunes bars communs (Dicentrarchus labrax), et les farines testées étaient produites à partir de larves de mouches soldat noires (Hermetica illucens), de vers de farine (Tenebrio molitor), ou de criquets. Au regard des éléments obtenus, il ressort que les vers de farine affichent les meilleurs résultats et pourraient constituer une alimentation alternative intéressante face aux farines de poissons.
Ces dernières années, dans les élevages de poissons, des aliments de substitution aux farines de poissons ont fait leur apparition, parmi lesquels figurent les farines à base d’insectes.
Afin de caractériser au mieux les apports nutritionnels de ces nouveaux aliments, le centre de recherche portugais CIIMAR (Centro Interdisciplinar de Investigação Marinha e Ambiental) a étudié la digestibilité de farines d’insectes disponibles sur le marché. Plus précisément, les chercheurs ont mesuré le coefficient de digestibilité apparente (CDA), qui évalue la proportion d’aliments digérés, pour des farines produites à partir de larves de mouches soldat noires (H. illucens), de vers de farine (T. molitor), ou de criquets.
En pratique, l’expérimentation a été menée sur des élevages de jeunes bars communs (D. labrax), nourris avec les 5 régimes alimentaires expérimentaux suivants : 2 régimes intégrant des larves de mouches soldat noires (régimes dénommés ʺTMʺ et ʺTMdʺ), 2 régimes intégrant des vers de farine (régimes ʺHIʺ et ʺHIdʺ), et 1 régime intégrant des criquets (régime ʺLMʺ). Chaque régime expérimental a été obtenu en remplaçant 20% d’un régime alimentaire commercial de référence par une farine d’insectes, et en ajoutant 1% d’oxyde de chrome comme composé traceur. Puis, les fèces des poissons nourris avec ces aliments ont été recueillies pendant 12 jours pour analyses.
A l’issue des expériences, les données obtenues ont montré que :
- au niveau de la matière sèche : le CDA était le plus élevé pour le régime TM (85%), et le plus bas pour le régime LM (40%),
- au niveau de la digestibilité des protéines : le CDA affiché par le régime TMd était le plus haut (93%), suivi par les régimes TM (89%), HId (87%), HI (76%), et LM (74%),
- au niveau de la digestibilité des acides aminés essentiels : les teneurs les plus élevées étaient celles des régimes TM et TMd, suivies de celles des régimes HI et HId,
- au niveau de la graisse : les meilleures valeurs ont été obtenues avec les régimes HId, TMd, et TM (entre 93% et 95%),
- enfin, au niveau du phosphore et de la valeur énergétique : le régime TMd affichait des valeurs respectivement de 91% et de 84%, tandis que le régime LM donnait les moins bons résultats (respectivement 27% et 53%).
Au final, au regard de ces éléments, il apparaît que les régimes à base de vers de farines (régimes TM et TMd) affichent des taux de digestibilité élevés, voire les plus importants, comparés aux autres régimes testés (régimes à base de mouches soldat noires (HI, HId), et régime à base de criquets (LM)).
Aussi, les chercheurs estiment que, dans le cas d’élevages de bars communs, les vers de farine pourraient constituer une source de nourriture alternative intéressante face aux farines de poissons, en garantissant l’apport nutritionnel nécessaire en protéines, et en préservant leur digestibilité.
Bibliographie
Basto, A., Matos, E., Valente, L. M. P., 2020. Nutritional value of different insect larvae meals as protein sources for European sea bass (Dicentrarchus labrax) juveniles. Aquaculture 521, 735085. https://doi.org/10.1016/j.aquaculture.2020.735085
Sources : https://thefishsite.com
Contributeur : CCI Littoral-Hauts-de-France
Chaque année, le Service de la Statistique et de la Prospective du Ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation (SSP) réalise une enquête auprès des aquaculteurs pour l’année précédente et la publie l’année suivante. Lors de la collecte en 2019, cette enquête constituée d’un seul questionnaire sur la conchyliculture et portant sur l’année 2018, a été complétée pour la pisciculture et la culture d’algues et de cyanobactéries par un recensement. Pour ces activités, le recensement fournit des informations sur les pratiques d’élevage et sur les capacités de l’outil de production, en plus des informations habituelles de l’enquête annuelle sur la production en volume et en valeur et sur l’emploi.
Plus de 3 000 entreprises ont vendu 188 484 tonnes de produits aquacoles (hors écloseries et nurseries) pour un total de plus de 715 M €, soit 3,8 €/kg. Elles employaient plus de 20 000 personnes, dont 11 000 en contrat permanent, soit 3,5 ETP moyens par entreprise (2 ETP médians). Les ventes finales d’huîtres étaient en tête avec 380 M€, devant les salmonidés (œufs pour consommation inclus) avec 129 M€ et les moules avec 101,1 M€.
L’huître creuse adulte a été le coquillage le plus produit en termes de nombre d’entreprises (plus de 2000) et de volume (plus de 92 000 tonnes) et aussi le plus rentable (plus de 374 M€). Le coquillage le plus cher était la palourde (7,5 €/kg), et celui qui a souffert des plus fortes pertes estimées est l’huître plate adulte (47,1 %).Les écloseries ont vendues quasi-uniquement des naissains d’huîtres creuses (plus de 4,6 Md) pour une valeur totale de plus de 22 M€, soit 4,9 € le mille. Les entreprises de captage de naissains ont elles aussi privilégié l’huitre creuse : plus de 900 d’entre elles ont vendu 470,7 tonnes pour un total de 4,2 M€, soit 8,9 €/kg. La vente à la consommation est répartie de façon plus ou moins équilibrée entre la vente directe (dont dégustation), les restaurateurs, les mareyeurs et les GMS ; très peu était destiné à l’export.
Plus de 500 entreprises piscicoles ont vendu 43 166 tonnes de poissons (œufs inclus, hors écloseries et nurseries) pour un total de plus de 209 M€, soit 4,8 €/kg, et avec des pertes estimées à 9,6 %. Ces données sont néanmoins à interpréter avec prudence car les données sur les poissons d’étang sont manquantes. Les écloseries et les nurseries de salmonidés étaient les plus nombreuses : elles ont vendu 22,9 M de juvéniles et 207,7 tonnes d’œufs embryonnés pour un total de plus de 5,9 M€. Sur 37 344,7 tonnes de salmonidés d’eau douce, un tiers a été vendu à des ateliers de transformation. A titre de comparaison, la pisciculture marine ne représentait que 4 442,4 tonnes.
La culture d’algues et de cyanobactéries fait partie des grands enjeux de la stratégie nationale bioéconomie. 160 entreprises en ont produit 188 tonnes pour un total de 8,9 M€, soit 47,4 €/kg, et des pertes estimées à 17 %. Mais ces chiffres cachent un contraste fort entre deux « piliers » du secteur :
- d’un côté, cinq entreprises productrices de la wakame (Undaria pinnatifida) représentaient un tiers du volume total, soit 68 tonnes pour une valeur de 155 000 €, soit 2,3 €/kg, avec des pertes estimées à 24 %,
- et de l’autre côté, la production de spiruline représentait un autre tiers du volume total et était l’activité principale du secteur. On comptait 147 entreprises ayant produit 63 tonnes pour un total de 7,6 M€, soit 119,8 €/kg, avec des pertes estimées à 13 %.
Les macro-algues fraîches représentaient la moitié du chiffre d’affaires (CA) de cette catégorie, tandis que les micro-algues se sont vendues quasiment toutes fraîches, congelées ou sous forme d’extraits. A l’inverse 85 % du CA de la spiruline a été généré sous sa forme sèche. Les deux tiers des volumes de macro-algues vendus étaient à destination de l’alimentation humaine, mais aussi animale. A l’inverse, les trois quarts des volumes de micro-algues vendus étaient à destination de la cosmétique et de la pharmaceutique. La spiruline n’était destinée qu’à la consommation humaine, principalement en vente directe ou dans les magasins bio, ce qui explique que la France est son propre client (plus de 95 % du CA).
En Israël, des chercheurs se sont intéressés à la quantité de micropolluants organiques ou MPO (métaux lourds, médicaments, pesticides…), accumulés dans l’organisme de poissons élevés dans des bassins alimentés en eaux usées issues de traitements tertiaires. Dans le cycle de dépollution de l’eau, le traitement tertiaire vise à éliminer les matières en suspension et divers composés inorganiques (phosphore, azote…), mais n’intervient pas sur les polluants organiques. L’étude menée sur des élevages de jeunes carpes communes a mis en évidence la présence de MPO dans les tissus des poissons. Toutefois, les quantités trouvées étaient conformes aux seuils en vigueur, ou à de très faibles concentrations difficilement quantifiables. D’après ces analyses, il semblerait que l’utilisation d’eaux usées issues de traitement tertiaire n’impacterait pas la croissance et la santé des poissons élevés dans ces conditions, et autoriserait la consommation de ces poissons.
De par leurs activités, les élevages aquacoles consomment beaucoup d’eau, ce qui risque à terme de créer des tensions sur les ressources naturelles en eau. Pour limiter cet impact sur l’environnement, certains élevages réutilisent des eaux usées qui ont été dépolluées par différents traitements. Cette pratique est aujourd’hui largement répandue. Pourtant, il n’existe que très peu de données sur la croissance et la santé des poissons élevés dans de tels milieux.
Des chercheurs de l’université Ben Gourion du Néguev, en Israël, se sont intéressés à cette problématique. Dans une étude réalisée sur des élevages évoluant dans des eaux usées issues de traitements tertiaires, les scientifiques ont considéré la santé des poissons, et ont évalué en particulier la quantité de MPO accumulés (métaux lourds, médicaments…) dans les organismes des poissons élevés dans de telles conditions.
Dans le cadre de cette étude, les eaux usées provenaient d’une station d’épuration israélienne, qui traite des effluents ménagers et des effluents industriels. Ces eaux usées sont traitées par différents procédés successifs jusqu’au traitement tertiaire. Dernière étape du cycle de dépollution de l’eau, le traitement tertiaire vise à améliorer la qualité de l’eau en vue d’une réutilisation ou de son rejet dans le milieu naturel. Le traitement permet notamment d’éliminer des composés inorganiques, tels que l’azote et le phosphore, mais n’enlève pas les composés organiques.
En pratique, l’étude a été réalisée en laboratoire, sur des élevages de jeunes carpes communes (Cyprinus carpio), qui ont été réparties dans des bassins alimentés en 100% eau du robinet (bassin témoin), en 100% eaux usées, et en mélange 50% eau du robinet / 50% eaux usées. La croissance et la santé des poissons ont été suivies sur près de 5 mois, et les chercheurs ont procédé à l’analyse de l’eau (recherche jusqu’à 40 MPO) et à diverses études des tissus des poissons (recherche de métaux lourds, de 19 MPO dans les muscles, et de 23 MPO dans le foie).
Des différentes analyses réalisées, il ressort notamment que des métaux lourds (cadmium, arsenic, et mercure) ont bien été détectés dans les muscles des poissons, mais ils étaient soit en quantité trop faible pour être mesurés, soit à une concentration inférieure à la limite maximale de résidus réglementaire.
Au niveau des MPO, l’analyse des échantillons d’eaux usées a mis en évidence la présence de 7 MPO sur les 40 recherchés. Ces composés ont été détectés au moins une fois dans les prélèvements des bassins à 50% et à 100% d’eaux usées, alors qu’aucun MPO n’a retrouvé dans l’eau du robinet.
Concernant les tissus des poissons, 4 MPO sur la vingtaine de composés ciblés dans les muscles et dans le foie ont été identifiés. Plus globalement, l’antiépileptique carbamazépine et l’anti-inflammatoire diclofénac se retrouvaient dans l’organisme des carpes évoluant dans les bassins à 50% et à 100% d’eaux usées. Les concentrations mesurées affichaient des valeurs semblables aux concentrations déjà répertoriées dans des études antérieures.
Par ailleurs, l’antihistaminique Benadryl (diphenhydramine) et le carbamazépine- epoxide ont aussi été détectés dans les muscles de poissons issus des bassins alimentés à 50% et à 100% en eaux usées. Les valeurs des concentrations mesurées étaient comprises entre la limite de détection et la limite de quantification. Toutefois, il est à noter que le diphenhydramine présentait une concentration au-dessus de la valeur limite de quantification pour 2 prélèvements de foie de poissons provenant de bassins à 100% d’eaux usées.
Au final, au regard de ces éléments, l’utilisation d’eaux usées, issues de traitements tertiaires, dans les élevages aquacoles n’aurait pas d’effets majeurs sur la croissance des poissons et sur l’accumulation des polluants, qui reste dans les limites autorisées. Néanmoins, il conviendra d’approfondir les investigations sur l’accumulation de ces micropolluants sur d’autres espèces de poissons et dans d’autres conditions d’élevages, pour des raisons de santé publique notamment.
Bibliographie
Zaibel, I., Dagan, G., Arnon, S., Schwartsburd, F., Britzi, M., Snuder, S. A., Zilberg, D., 2020. Tertiary-treated wastewater as a potential water source for sustainable aquaculture: A laboratory-scale experiment with Cyprinus carpio. Aquaculture 522, 735161.
Sources
https://thefishsite.com/articles/wastewater-aquaculture-given-clean-bill-of-health https://in.bgu.ac.il/en/pages/news/treated_wastewater.aspx https://phys.org/news/2020-03-wastewater-safe-aquaculture.html
Contributeur
CCI Littoral-Hauts-de-France
Le secteur de la pêche et de l’aquaculture est au cœur de l’ODD 14 (Objectif de Développement Durable) « Conserver et utiliser durablement les océans, les mers et les ressources marines pour le développement durable ». L’Organisation des Nations Unies pour l’agriculture et l’alimentation, ou FAO, est dépositaire de quatre indicateurs de l’ODD 14, et a donc l’obligation d’accélérer l’élan mondial. L’édition 2020 de La situation mondiale des pêches et de l’aquaculture continue de démontrer le rôle important et croissant des ce secteur dans l’alimentation, la nutrition et l’emploi, ainsi que les défis majeurs à venir malgré les progrès réalisés sur plusieurs fronts.
On estime que la production mondiale de poisson a atteint environ 179 millions de tonnes en 2018, et devrait passer à 204 millions de tonnes en 2030. La même année, la production mondiale totale des pêches a atteint le niveau le plus élevé jamais enregistré avec 96,4 millions de tonnes, et devrait rester à des niveaux élevés, atteignant environ 96 millions de tonnes en 2030.
La production aquacole mondiale a atteint un autre record absolu de 114,5 millions de tonnes, et serait estimée à 109 millions de tonnes en 2030. La moyenne annuelle du taux de croissance de l’aquaculture devrait ralentir, passant de 4,6% en 2007–2018 à 2,3% en 2019–2030. La majorité (62 %) de la production aquacole mondiale en 2030 sera composée d’espèces d’eau douce, comme la carpe et le panga. La production d’espèces de plus grande valeur, comme les crevettes, le saumon et la truite, devrait également continuer de croître. L’aquaculture continentale a produit 51,3 millions de tonnes d’animaux aquatiques, soit 62,5 % de la production mondiale de poissons d’élevage.
59,51 millions de personnes étaient engagées dans le secteur primaire de la pêche et de l’aquaculture, 14 % étaient des femmes. Si l’on considère les secteurs primaire et secondaire des produits de la mer, alors un travailleur sur deux est une femme. Le total mondial des navires de pêche, des petits bateaux non pontés et non motorisés aux grands navires industriels, était estimé à 4,56 millions, soit une baisse de 2,8% par rapport à 2016. Mais le manque d’informations et de rapports est particulièrement fort pour les flottes de navigation intérieure.
Environ 88 % de la production mondiale de poisson ont été utilisés pour la consommation humaine directe, et ce chiffre devrait continuer de croître pour atteindre 89% en 2030. Les principaux facteurs à l’origine de cette augmentation seront :
- une combinaison d’une demande élevée résultant de l’augmentation des revenus et de l’urbanisation, liée à l’expansion de la production de poisson,
- et l’amélioration des méthodes de post-récolte et des canaux de distribution élargissant la commercialisation du poisson.
La demande sera également stimulée par l’évolution des tendances alimentaires. Le taux de croissance annuel moyen de la consommation totale de poisson a augmenté de 3,1%, dépassant le taux de croissance annuel de la population. La consommation mondiale de poisson destiné à l’alimentation en 2030 devrait être supérieure de 18% à celle de 2018.
Le poisson a fourni à environ 3,3 milliards de personnes près de 20 % de leur apport moyen par habitant en protéines animales. L’huile de poisson représente la source la plus riche disponible d’acides gras polyinsaturés à longue chaîne (AGPI). En termes de consommation par habitant, la consommation mondiale de poisson devrait atteindre 21,5 kg en 2030, contre 20,5 kg en 2018. La consommation de poisson par habitant la plus faible se trouve en Afrique. Elle devrait diminuer légèrement de 0,2 % par an jusqu’en 2030, passant de 10,0 kg en 2018 à 9,8 kg en 2030, ce qui soulève des problèmes de sécurité alimentaire. Depuis 2016, l’aquaculture est la principale source de poisson disponible pour la consommation humaine, elle devrait représenter environ 59 % en 2030.
Le commerce mondial de poisson destiné à la consommation humaine devrait croître de 9 % au cours de la période de projection et atteindre plus de 54 millions de tonnes (équivalent poids vif) en 2030. A l’inverse, la part de la production des pêches réduite en farine et huile de poisson devrait diminuer légèrement. L’aquaculture contribuera à une part croissante de ce commerce mondial.
En 2018, 67 millions de tonnes de poisson (équivalent poids vif) ont été commercialisées à l’international. On prévoit qu’environ 36 % de la production totale de poisson sera exportée en 2030. Globalement, le taux de croissance annuel moyen des exportations devrait passer de 2 % en 2007-2018 à 1 % en 2019-2030. Cela peut s’expliquer en partie par :
- l’expansion plus lente de la production ;
- une demande intérieure plus forte dans certains des principaux pays producteurs et exportateurs ;
- et des prix du poisson assez élevés.
La majeure partie de la croissance des exportations de poisson devrait provenir de l’Asie, qui représentera environ 73 % des volumes d’exportation supplémentaires et qui continuera de dominer le secteur de l’aquaculture avec plus de 89% de l’augmentation de la production d’ici 2030. Les politiques de la Chine au cours de la prochaine décennie devraient poursuivre la transition de l’aquaculture extensive à l’aquaculture intensive. L’importance des pays en développement en tant que consommateurs et producteurs de poisson et de produits de la pêche n’a cessé d’augmenter. Le secteur devrait se développer le plus en Afrique (+48 %), grâce à la capacité de culture supplémentaire mise en place en dernières années.
Vingt-cinq ans après l’adoption du Code de conduite pour une pêche responsable, l’importance d’une utilisation responsable des ressources halieutiques et aquacoles est désormais largement reconnue et priorisée. Les facteurs influençant la production durable des pêches comprennent :
- l’augmentation des captures dans les zones où les stocks se reconstituent,
- la croissance des captures dans les eaux des quelques pays aux ressources insuffisamment exploitées,
- et une meilleure utilisation de la récolte.
Cependant la fraction des stocks de poissons qui se situent dans des niveaux biologiquement durables est passée de 90 % en 1974 à 65,8 % en 2017. De plus, 35 % de la récolte mondiale reste perdue ou gaspillée. Il est peu probable que la cible 14.4 des ODD « Mettre fin à la surpêche des pêcheries marines d’ici 2020 » soit atteinte, il est donc urgent de reproduire et de réadapter des politiques et des mesures efficaces.